Prier, est-ce un peu comme mettre une étiquette sur ses émotions ?

Quel sens y a-t-il à aller prier dans un sanctuaire ?

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Pourquoi une visite au sanctuaire peut servir même si l'on ne croit pas aux dieux

Quel sens y a-t-il à aller prier dans un sanctuaire ?

Vous vous rendez au sanctuaire.
Vous joignez les mains.
Vous inclinez la tête.
Vous dites ce que vous souhaitez.
« Je voudrais de la stabilité. »
« Je voudrais apaiser mes nerfs et mon corps. »
« Aujourd'hui, je voudrais passer la journée au calme. »

Que fait-on vraiment, là ?

Si vous voyez la visite au sanctuaire comme

une machine où un dieu exauce vos vœux

alors c'est assez douteux.

Vous avez prié « faites que je réussisse mon examen d'entrée » et vous avez échoué.
Vous avez souhaité « que tout se passe bien » et tout a raté, comme d'habitude.
Et vous vous dites : « Ce dieu n'exauce rien du tout. »

C'est une réaction tout à fait naturelle.

Si prier signifie changer directement le résultat dans le monde extérieur, il est très difficile d'y croire.

Mais si l'on regarde la visite au sanctuaire sous un autre angle, le sens change beaucoup.

Aller prier, ce serait peut-être

un rituel qui condense votre souhait en une seule phrase, dans un cadre chargé de sens

.

Pour le dire plus franchement encore,

un rituel d'étiquetage

.


Il existe deux sortes de prière

Quand on réfléchit à la prière et aux visites au sanctuaire, il vaut mieux distinguer d'abord deux choses.

D'un côté,

la prière qui cherche à contrôler le résultat

et de l'autre,

la prière qui sert à se réguler soi-même

.

La prière qui cherche à contrôler le résultat

« Faites que je réussisse mon examen. »
« Faites que la maladie guérisse. »
« Faites que je gagne à la loterie. »
« Faites que cette personne change. »
« Faites que tout ce qui m'entoure tourne en ma faveur. »

C'est une prière qui demande de changer directement un résultat extérieur.

Bien sûr, on comprend l'envie de souhaiter cela.

Mais il faut ici rester assez prudent.

Prier ne fait pas monter la note de l'examen toute seule.
Prier ne fait pas baisser le nombre de candidats par place.
Prier ne change pas le caractère de l'autre.

La réalité extérieure dépend de nombreux facteurs à la fois : le temps passé à réviser, la préparation, la santé, l'environnement, l'autre personne, la chance, les règles, la concurrence.

Alors, si l'on n'attend que de la prière qui contrôle le résultat, on se sent trahi quand ça ne marche pas.

La prière qui sert à se réguler soi-même

À l'inverse, il existe aussi ce genre de prière.

« En ce moment, j'ai besoin de stabilité. »
« Je voudrais apaiser mes nerfs et mon corps. »
« Je voudrais le faire sans me précipiter. »
« Aujourd'hui, je voudrais passer une journée paisible. »
« Je ne veux pas oublier ce qui compte pour moi. »

Ici, on ne cherche pas tant à changer un résultat extérieur : c'est une prière qui remet en ordre son état intérieur.

Ce type de prière est plutôt utile.

La raison, c'est qu'elle met le souhait en mots.


Si vous avez prié avant un examen et échoué, il est naturel de ne plus croire en dieu

Vous avez prié « faites que je réussisse » et vous avez échoué.

Ça fait mal, tout simplement.

De plus, un examen d'entrée est un grand moment de la vie.
Vous avez travaillé dur.
Vous avez eu peur.
Vous avez espéré.
Vous aviez aussi envie de vous appuyer sur un dieu.

Et pourtant vous avez échoué, alors penser

« ce dieu n'exauce rien »

est naturel.

Je comprends aussi qu'une telle expérience mène à « je ne crois pas aux dieux ».

Je trouve même cette conclusion plutôt réaliste.

Si prier suffisait à réussir, tout le monde réussirait.
Si un simple vœu décidait du résultat extérieur, les examens et la compétition n'auraient aucun sens.

L'essentiel, ici, est donc de ne plus voir la visite au sanctuaire comme « un service qui livre des résultats ».

Que l'on croie ou non en un dieu, on peut changer la façon de s'en servir.

Au lieu de

« Donnez-moi le résultat »

essayez plutôt

« Je vais vérifier ce que je veux vraiment en ce moment »

.

La visite devient alors bien plus facile à exploiter.


Que la prière change les résultats extérieurs, c'est assez douteux

Si l'on regarde l'effet de la prière sous l'angle scientifique, des études ont posé une question précise : prier pour autrui améliore-t-il son état de santé ?

Le célèbre essai STEP a étudié des patients sur le point de subir un pontage cardiaque, pour voir si une prière d'intercession à distance (prier pour quelqu'un à son insu) influençait les complications après l'opération.

Résultat : la prière d'intercession en elle-même n'a montré aucun effet significatif sur la guérison sans complications.
De plus, dans le groupe à qui l'on avait dit « des gens prient pour vous », le taux de complications était plus élevé.

Bien sûr, il n'est pas nécessaire de tirer une conclusion sur toute la prière à partir de cette seule étude.
La prière touche à la religion, à la culture, au sens que chacun lui donne, et c'est assez complexe.

Reste qu'au moins, il faut être très prudent face à l'idée que

si l'on prie, les résultats extérieurs s'améliorent tout seuls

.

Si vous avez prié avant un examen, échoué, et que vous avez désormais du mal à croire en un dieu qui décide des résultats, c'est donc plutôt naturel.


Mais la prière a un sens comme moyen de remettre de l'ordre à l'intérieur

D'un autre côté, la prière et la visite au sanctuaire peuvent servir autrement.

Elles peuvent servir à remettre de l'ordre en soi.

Par exemple, au sanctuaire, vous priez :

« Je voudrais de la stabilité. »
« Je voudrais apaiser mes nerfs et mon corps. »

Vous ne dites pas au monde extérieur de changer directement.

Vous mettez en mots ce dont vous avez vraiment besoin maintenant.

Ni l'argent, ni la liberté, ni une reconquête amoureuse, ni la victoire, ni la reconnaissance.

Les mots qui sortent sont

stabilité
nerfs
corps

.

C'est assez important.

Au moment où l'on réduit son souhait à une phrase, l'ordre du jour dans la tête se fixe.

« En ce moment, ce n'est pas tant plus de liberté que je veux, c'est d'abord me stabiliser. »
« En ce moment, je tiens plus à apaiser mes nerfs et mon corps qu'au résultat. »
« En ce moment, me calmer compte plus que foncer. »

C'est ainsi que le souhait devient une étiquette.


Prier ressemble à mettre une étiquette sur ses émotions

En psychologie, il existe l'idée que nommer une émotion aide à la réguler.

En anglais, on parle d'affect labeling (étiquetage des émotions).

En gros,

en mettant en mots l'émotion ou l'état du moment, on se laisse moins emporter par elle

.

Par exemple, on la nomme :

« Je suis anxieux. »
« Je suis en colère. »
« Je suis fatigué. »
« Je me sens seul. »
« Mes nerfs sont à bout. »
« Je voudrais de la stabilité. »

Et là, de l'état où l'on se faisait simplement engloutir, une petite distance apparaît.

La visite au sanctuaire est assez proche de cela.

Dire son souhait devant l'autel, c'est aussi nommer son état.

Au lieu de

« Je ne vais pas bien, sans trop savoir pourquoi »,

cela devient

« Je voudrais stabiliser mes nerfs et mon corps ».

C'est plutôt puissant.


Aller prier, c'est « définir les besoins » de son souhait

Ce qui est intéressant dans la visite au sanctuaire, c'est qu'il faut raccourcir son souhait.

Personne ne fait un long exposé devant l'autel.

Cela finit en général en une phrase.

« Que je reste en bonne santé. »
« Que le travail se passe bien. »
« Que ma famille soit en sécurité. »
« Que mes nerfs et mon corps se stabilisent. »

Cette réduction à une phrase est essentielle.

Pour faire tenir son souhait en une phrase, il faut choisir ce qui compte le plus.

Pas ceci, cela et le reste : on décide de la priorité numéro un du moment.

C'est presque

la définition des besoins d'un souhait

(l'étape, dans la création d'un logiciel, où l'on écrit clairement ce que le système doit faire)

.

En développement informatique, si les besoins sont flous, on ne peut rien réaliser.
Dans la vie, si le souhait est flou, il ne se transforme pas en action.

Je pense que la visite au sanctuaire est un rituel qui transforme un souhait en besoins clairs.


Une réunion avec soi-même devant l'autel

La visite au sanctuaire est aussi une réunion que l'on tient seul, avec soi-même.

C'est un peu différent de simplement parler tout seul.

Il y a un lieu : le sanctuaire.
Il y a un torii (le portique d'entrée).
Il y a l'allée qui y mène.
On se purifie les mains.
On jette une pièce en offrande.
On joint les mains.
On incline la tête.
On dit son souhait.

Cet enchaînement coupe, une fois, le fil des pensées du quotidien.

Ce n'est pas comme réfléchir en regardant son téléphone.
Ce n'est pas comme réfléchir allongé chez soi.
Ce n'est pas comme réfléchir dans un coin de la tête pendant le travail.

Au sanctuaire, la forme des gestes est fixée.

Du coup, la pensée se resserre.

Que vais-je demander ?
De quoi ai-je besoin en ce moment ?
Qu'est-ce que je veux remettre en ordre ?

On vérifie cela.

C'est

une réunion avec soi-même devant l'autel

.

On adopte la forme d'un compte rendu au dieu, mais on se fait aussi une déclaration à soi-même.


Les rituels redonnent parfois un sentiment de contrôle

Les rituels ont un aspect qu'on ne peut pas balayer en disant que ce n'est qu'un réconfort.

Dans les moments de perte ou d'angoisse, les gens accomplissent des rituels.

Funérailles, cérémonies du souvenir, porte-bonheur, vœux, routines, gestes fixes d'un sportif avant un match.

Ces rituels ne contrôlent pas forcément directement le résultat extérieur.

Mais au milieu d'une situation confuse, ils créent

quelque chose que l'on peut faire maintenant

.

Grâce à cela, le sentiment de contrôle revient parfois un peu.

Au lieu de

« Je ne peux rien faire »,

cela devient

« Ça, au moins, je peux le faire ».

Il en va de même pour la visite au sanctuaire.

Réussir ou non un examen ne se décide pas par la prière seule.
Un problème au travail ne se règle pas par la prière seule.
Les relations humaines ne changent pas par la prière seule.

Mais on peut décider

de ce que l'on souhaite
dans quelle direction on veut se remettre en ordre maintenant sous quel thème on va vivre aujourd'hui

.

Je crois que c'est cela, la force du rituel.


Prier, c'est figer l'ordre du jour dans sa tête

Dans la tête d'une personne, toutes sortes de sujets surgissent d'eux-mêmes.

L'argent.
Le travail.
La liberté.
L'amour.
La solitude.
L'avenir.
La démission.
Les relations.
Les malaises du corps.
L'écran de chargement du lundi.
La réunion bordélique où chacun dit n'importe quoi.
La même vieille histoire en rediffusion sans fin.

Si on les laisse faire, tous se mettent à tenir réunion en même temps.

C'est là qu'on va prier.

« Aujourd'hui, la stabilité. »
« Aujourd'hui, les nerfs et le corps. »
« Aujourd'hui, le calme. »

On fige ainsi l'ordre du jour sur un seul point.

C'est plutôt efficace.

La prière, même sous la forme d'une demande adressée à un dieu, est peut-être au fond

une façon de figer l'ordre du jour dans sa tête

.


Un souhait est à la fois une demande vers l'extérieur et une consigne pour soi

Quand on dit son souhait au sanctuaire, cela ressemble à une demande adressée à un dieu.

Mais c'est aussi, en même temps, une consigne pour soi-même.

Si l'on dit « je voudrais de la stabilité »,
on évitera plus facilement, ce jour-là, ce qui la détruit.

Si l'on dit « je voudrais apaiser mes nerfs et mon corps »,
l'attention ira plus facilement vers le sommeil, les repas, la douche et le repos.

Si l'on dit « je voudrais passer la journée au calme »,
on aura plus de chances de ne pas convoquer de force une réunion d'inquiétudes sur l'avenir.

Autrement dit, le souhait devient une ligne de conduite.

C'est là le point important.

La prière est une demande vers l'extérieur et, en même temps,

une consigne d'action pour soi-même

.


Les mauvaises façons de se servir de la visite au sanctuaire

Il y a aussi des usages qui conviennent mal.

1. Se décharger entièrement du résultat

« Faites que je réussisse. »
« Faites que je gagne. »
« Faites que l'autre change. »

Si l'on s'en tient à cela, c'est douloureux quand ça ne se réalise pas.

2. S'en servir d'excuse pour ne pas agir

J'ai prié, donc je ne me prépare pas.
J'ai un porte-bonheur, donc je ne fais pas d'efforts.
Je me dis que le dieu s'en chargera.

C'est risqué.

3. Se reprocher l'échec

« Ai-je mal prié ? »
« Est-ce ma faute ? »
« Le dieu m'a-t-il abandonné ? »

Dans ce cas, la prière devient un poids de plus.

4. Augmenter l'angoisse

« Si je ne prie pas correctement, il arrivera quelque chose de mal. »
« Si je ne vais pas au sanctuaire, je suis mal à l'aise. »

Alors le rituel n'apporte plus d'apaisement : il se rapproche d'une compulsion.

Il vaut mieux se servir de la visite pour se remettre en ordre soi-même.


Les bonnes façons de se servir de la visite au sanctuaire

À l'inverse, voici les usages qui fonctionnent bien.

1. Mettre en une phrase son souhait du moment

« Je voudrais de la stabilité. »
« Je voudrais apaiser mes nerfs et mon corps. »
« Aujourd'hui, je voudrais être calme. »

2. Traduire le souhait en actions

Si vous voulez de la stabilité, donnez la priorité au sommeil.
Si vous voulez apaiser vos nerfs et votre corps, prenez une douche chaude ou ménagez un temps de repos.
Si vous voulez du calme, ne regardez pas vos mails professionnels le soir.

3. Vérifier sa propre ligne de conduite, pas le résultat extérieur

Pas « vais-je réussir ? », mais que faire aujourd'hui.
Pas « vais-je gagner ? », mais comment se remettre en ordre.
Pas « l'autre va-t-il changer ? », mais quelle limite je vais préserver.

4. Le rapporter à la maison comme une étiquette

« Aujourd'hui, mode prière de stabilité. »
« Aujourd'hui, parcours d'apaisement des nerfs et du corps. »
« Aujourd'hui, réunion stabilité plutôt que réunion liberté. »

Mettez une étiquette de ce genre.


On peut se servir de la visite au sanctuaire même sans croire aux dieux

Même sans croire aux dieux, la visite au sanctuaire est utilisable.

Car sa valeur ne repose pas forcément sur l'existence d'un dieu.

Le lieu qu'est le sanctuaire.
Le calme.
La suite des gestes.
La posture.
La réduction à une phrase.
La compression du souhait.
La déclaration à soi-même.
La coupure avec le quotidien.

Tout cela aide à remettre son état en ordre.

Autrement dit, la visite au sanctuaire peut servir de

prière pour ceux qui croient aux dieux et de
réunion avec soi-même ritualisée pour ceux qui n'y croient pas

.

L'un comme l'autre convient.

L'important, c'est de ne pas se décharger entièrement du résultat extérieur.


Idées d'étiquettes

  • Le rituel d'étiquetage
  • La définition des besoins d'un souhait
  • La réunion avec soi-même devant l'autel
  • Prier = figer l'ordre du jour dans sa tête
  • Une déclaration à soi-même sous forme de demande aux dieux
  • Réduire son souhait à une phrase
  • Mode prière de stabilité
  • Le parcours d'apaisement des nerfs et du corps
  • La prière qui cherche à contrôler le résultat
  • La prière qui sert à se réguler soi-même
  • Prier n'est pas un distributeur de vœux exaucés
  • Prier, c'est la phrase que l'on fait passer par son cerveau
  • Aller prier, c'est mettre une étiquette sur son souhait

Modèle pratique : la réunion avec soi-même devant l'autel

# Réunion avec soi-même devant l'autel

## Ce que je veux le plus en ce moment
:

## En une phrase
:

## Est-ce une prière qui contrôle le résultat ou qui me régule moi-même ?
Contrôler le résultat / Me réguler

## Traduit en actions que je peux faire moi-même
1.
2.
3.

## L'étiquette du jour
Ex. : mode prière de stabilité / parcours d'apaisement des nerfs et du corps / réunion stabilité plutôt que réunion liberté

## La phrase que j'emporte chez moi
:

Pour résumer

Si l'on voit la prière et la visite au sanctuaire comme un distributeur de vœux exaucés, la vie devient plutôt pénible.

Si vous avez prié « faites que je réussisse mon examen » et échoué, il est naturel de ne plus croire en dieu.
Les résultats extérieurs ne se décident pas par la seule prière.

Mais si l'on voit la visite au sanctuaire comme

un rituel qui met son souhait en une phrase

le sens change.

Que veux-je ?
Qu'est-ce que je veux remettre en ordre ?
Dans quelle direction ai-je envie d'aller maintenant ?

On le met en mots devant l'autel.

C'est étiqueter ses émotions, définir les besoins d'un souhait, figer l'ordre du jour dans sa tête, et aussi se faire une déclaration à soi-même.

C'est pourquoi, même sans croire aux dieux, la visite au sanctuaire est utilisable.

La prière n'est pas un distributeur de vœux exaucés.
Mais comme rituel qui condense son souhait en une phrase et la fait passer par le cerveau et le corps, elle est utilisable.


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