À l’IA, vous dites tout. Comment en parler aussi à un proche ?

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Le soir, vous racontez votre journée à une IA. Le moment où vous vous êtes mis en colère, une autre histoire qui vous revient en cours de route : vous pouvez tout écrire, sans vous soucier de l’ordre. En lisant la façon dont elle remet vos idées en place, vous avez la tête un peu plus légère.

Mais quand un ami vous demande « Il s’est passé quelque chose ? », les mots ne viennent plus. Tout expliquer risque d’être long, et vous ne savez même pas ce que vous attendez de lui. Pourtant, avec l’IA, vous aviez tant de choses à dire.

Dans ces moments-là, essayez d’explorer vos pensées avec l’IA, puis de confier à quelqu’un le point que vous avez le plus besoin de partager. Inutile d’avoir démêlé toutes vos émotions avant d’en parler. « Ce n’est pas encore très clair pour moi, mais j’aimerais que tu m’écoutes un peu » est déjà une bonne entrée en matière.

Demandez à l’IA de vous aider à préparer la conversation

Une conversation avec l’IA peut servir à étaler des notes en désordre sur une grande table. Vous commencez par raconter ce qui vous agace dans les tâches ménagères, puis vous vous apercevez qu’une situation semblable vous met en colère au travail. Même si la question de départ change en chemin, vous pouvez continuer à lui demander de vous aider à y voir plus clair.

Par exemple, vous pensiez : « Je déteste ranger. » Mais en écrivant, vous découvrez que le plus pénible n’est pas la quantité de travail. Ce sont les petites règles fixées sans vous consulter. Cette prise de conscience peut changer la question que vous aurez envie de poser à quelqu’un.

Vous pouvez formuler des demandes aussi précises que celles-ci :

  • Classe ces notes en trois catégories : « ce qui s’est passé », « la façon dont je l’ai interprété » et « ce que je n’ai pas encore vérifié ».
  • Relève trois points que mon seul récit ne permet pas de comprendre.
  • Propose deux façons courtes d’aborder le sujet avec la personne concernée.

Le rôle de l’IA est ici de rendre plus lisible ce qui vous pose problème. Si vous lui demandez de deviner les véritables intentions de l’autre, vous risquez de mélanger mise au clair et imagination. Avant de saisir votre texte, retirez les noms, les coordonnées, les informations professionnelles confidentielles et les détails permettant de vous identifier, vous ou votre entourage. Gardez de quoi réfléchir à la situation sans ces éléments.

Vérifiez les explications qui semblent trop bien tomber

Si l’IA répond « Vous êtes épuisé parce que cette personne vous contrôle », tout peut soudain sembler s’expliquer. Pourtant, elle travaille surtout à partir de votre récit. Une explication convaincante et un fait vérifié ne sont pas la même chose.

OpenAI explique que les modèles de langage peuvent produire des erreurs plausibles et que certains modes d’évaluation récompensent davantage les suppositions que la reconnaissance de l’incertitude. Les explications d’OpenAI

Lorsqu’une étude ou un chiffre est cité, ouvrez réellement la source. Regardez qui a été étudié, ce qui a été mesuré et dans quelle mesure les résultats pourraient s’appliquer à votre situation. Si l’explication porte sur les sentiments d’une autre personne, demandez : « Quelles autres possibilités pourrait-il y avoir ? » Gardez une place pour ce que vous pourrez vérifier auprès d’elle.

Par exemple, ne transformez pas d’emblée une différence d’exigences sur le ménage en problème de personnalité. Demander « Pour toi, il faut absolument plier le linge aujourd’hui ? » permet de remettre dans la conversation un point sur lequel vous n’aviez fait que des suppositions.

Demandez aux autres comment ils font, eux

L’intérêt de parler à un ami ne tient pas seulement au fait de recevoir la bonne réponse, celle à laquelle on s’attendait.

« Chez nous, on a arrêté de plier le linge. Chacun se sert dans le panier. »

Une phrase comme celle-là peut suffire à faire apparaître la règle qui vous pèse comme une option parmi d’autres. Une autre personne dira peut-être : « Le désordre me gêne quand je l’ai sous les yeux, alors je ne range que les endroits visibles. » Chaque façon de vivre s’explique par une situation particulière.

À la question « Quelle est la bonne façon de faire ? », ajoutez « Et chez toi, comment ça se passe ? » ou « Sur quoi est-ce que tu ne veux vraiment pas faire de compromis ? » Les pistes trouvées avec l’IA prennent alors le relief de la vie réelle.

L’autre personne reçoit elle aussi quelque chose de votre récit. Une fois que vous avez fait le tour de votre préoccupation, demandez-lui : « Et toi, comment ça va en ce moment ? » Laisser à chacun la place de parler fait de cet échange autre chose qu’une simple collecte de réponses.

Préparez une petite entrée en matière

Vouloir expliquer tout ce que vous avez en tête peut vous épuiser avant même de commencer. Pour ouvrir la conversation, un événement et une indication de ce dont vous avez besoin suffisent.

« On s’est un peu disputés à propos du ménage, et ça me reste en tête. Tu aurais dix minutes pour m’écouter ? »

« Aujourd’hui, j’aimerais d’abord vider mon sac avant de chercher des solutions. »

« Voilà ce que je pense lui dire. Tu peux me dire si ça paraît trop dur ? »

Vérifier que l’autre a un peu de temps lui permet de répondre plus facilement. S’il n’est pas disponible, vous pouvez remettre la discussion à un autre jour. Vous avez le droit de pleurer ou de perdre le fil en parlant. Une entrée en matière courte sert à rendre le début plus facile, pas à cacher votre vulnérabilité.

Si vous demandez à l’IA de raccourcir vos notes, essayez : « Fais-en les trois premières phrases que je pourrais dire à un ami, sans décider à ma place de ce que je ressens. » Lisez le résultat à voix haute et remplacez les mots que vous n’utilisez pas d’habitude. Un texte que vous pouvez vraiment dire est plus utile qu’un texte élégant.

Être ensemble compte, même sans solution

Vous n’avez pas trouvé de réponse à votre problème, mais en repartant, vous vous sentez un peu mieux. Vous avez bu un thé, entendu la voix de l’autre, ri d’une même histoire. Parfois, c’est ce temps passé ensemble qui aide.

La théorie de la ligne de base sociale de Coan et Sbarra propose que la présence de personnes de confiance à proximité intervient dans la façon dont nous percevons les risques et les efforts nécessaires. Cela ne garantit pas que parler à n’importe qui procure un sentiment de sécurité. L’article présentant la théorie

Il n’est pas non plus nécessaire de s’appuyer sur cette théorie pour tracer une frontière stricte : à l’IA la réflexion, aux humains le réconfort. Un ami peut aider à mettre de l’ordre dans vos pensées, et un échange avec une IA peut vous apaiser. Mais les souvenirs partagés et une relation avec quelqu’un qui a aussi ses contraintes et ses sentiments apportent quelque chose que le seul contenu d’une conversation ne permet pas de saisir entièrement.

Pour choisir à qui vous confier, soyez aussi attentif à votre état après la discussion. Vous n’avez pas à livrer des choses intimes à quelqu’un qui vous fait systématiquement des reproches ou qui divulgue vos secrets.

Si vous tournez en rond, trouvez un point d’arrêt

« Qu’est-ce qu’il voulait dire en disant ça ? » À force de rejouer la même scène, il arrive d’être plus en colère qu’avant de commencer à en parler. Que ce soit avec une IA ou avec un ami, vous pouvez alors faire une pause.

Les chercheurs appellent « co-rumination » le fait de revenir à deux, de manière répétée, sur des problèmes et des émotions négatives. Dans son étude sur les amitiés chez les enfants et les adolescents, Rose a observé des liens avec des amitiés proches, mais aussi avec des aspects de la dépression et de l’anxiété. Ces résultats ne permettent pas d’affirmer que le fait de se plaindre entre adultes est généralement nocif, ni que parler provoque des symptômes. L’étude de Rose

Au quotidien, vous pouvez décider d’une seule chose pour clore la conversation : « Je lui demanderai demain », « Je vais dormir sans trancher ce soir » ou « J’y repenserai ce week-end ». Inutile de transformer la discussion en article ou en résultat productif. Si elle vous permet de revenir à un état où vous pouvez vous reposer, c’est déjà une issue suffisante.

Explorez avec l’IA, partagez un point, puis choisissez

Pour savoir vers qui vous tourner, partez de ce dont vous avez besoin maintenant. Si vos pensées sont éparpillées, demandez à l’IA de vous aider à les organiser. Si vous voulez entendre l’expérience concrète de quelqu’un, posez-lui une question. Les jours où vous avez simplement besoin de présence, vous pouvez le dire aussi.

La prochaine fois que vous écrirez un long récit à une IA, terminez en vous demandant : « De quoi, là-dedans, ai-je envie de parler à quelqu’un ? » Il n’est pas nécessaire de tout résumer. Trouver une seule chose que vous aimeriez demander suffit.

L’échange avec l’IA peut vous aider à trouver vos mots. Celui avec une autre personne vous ouvre à une vie différente de la vôtre. Gardez ce que chacun vous a apporté, puis choisissez vous-même ce que vous ferez demain. Demander du soutien n’oblige pas à repartir avec une conclusion impeccable.

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  • Co-Intelligence (édition anglaise)

    Ethan Mollick / Penguin Publishing Group / 2024

    Un livre sur IA, le sujet de cet article.

  • The Coming Wave (édition anglaise)

    Mustafa Suleyman / Penguin Random House / 2023

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