Travailler vite et devenir le bouche-trou de tout le monde : la façon la plus sûre de tuer sa carrière

Utiliser les outils de lecture

Écouter lit l’article à voix haute. La lecture rapide affiche les groupes de mots au rythme choisi. La pratique des langues compare les traductions disponibles. Enregistrer ajoute un favori dans ce navigateur, accessible dans la liste du lecteur.

Partager cet article

Partager cet article

Publicité
Publicité

Plus on travaille vite, plus on est en danger.

C'est quelque chose que je ressens très fortement ces derniers temps (écrit le 2026-07-02).

À première vue, aller vite semble être une arme à 100 %. Et c'est bien une arme.

On met de l'ordre dans les idées plus vite que les autres. On prépare des documents plus vite que les autres. On fait des recherches plus vite que les autres. On prend en main un nouvel outil plus vite que les autres. On arrive plus vite que les autres au « et si on faisait comme ça ? »

Mais dans un mauvais environnement, cette vitesse cesse d'être un atout de carrière et devient un aspirateur bien pratique pour avaler tout ce que les autres n'ont pas traité.

On vous transforme en aspirateur. Vous devenez un Dyson. Et, bien sûr, personne ne vous paie d'honoraires de consultant. Dur.

Ceux qui vont vite deviennent facilement le « processeur externe » des autres

Les gens autour pensent facilement ceci de quelqu'un qui va vite :

« Lui, il le fera vite. » « Elle, elle comprendra. » « Il va bien trouver une solution. » « Elle s'y connaît aussi en informatique. » « Demandez-lui, c'est tout. » « Passez-lui le dossier et ce qui était bloqué va repartir. »

Ça ressemble à de la confiance.

Si cette confiance se traduit par une vraie reconnaissance, un parcours, de l'autonomie, un salaire et de la liberté, tant mieux. Le problème, c'est quand il s'agit seulement d'une confiance de bouche-trou.

La confiance de bouche-trou, ce n'est pas « on vous confie ça parce que vous en êtes capable », c'est « on vous le refile parce que vous en êtes capable ».

On a l'impression qu'on compte sur vous, mais en réalité on vous fait juste absorber la lenteur, les demandes floues, l'irresponsabilité, le flou général, les messages restés sans réponse et les responsabilités renvoyées par les autres.

C'est assez dangereux.

Celui qui se débrouille en informatique devient « aidant informatique » plutôt que talent du numérique

Les plus exposés sont ceux qui s'y connaissent un peu en informatique.

Ils maîtrisent Excel. Ils comprennent VBA (le langage d'Excel qui sert à automatiser des tâches). Ils ont touché au RPA (des robots logiciels qui font à la place des humains des tâches répétitives sur ordinateur). Ils savent utiliser l'IA. Ils trouvent comment enregistrer l'écran ou monter une vidéo. Ils savent mettre à plat un processus de travail.

Une telle personne est, en principe, un talent de l'amélioration des processus. Un talent de la transformation numérique interne. Un talent de la productivité. Bien reconnue, elle est très forte.

Mais dans un mauvais environnement, voilà ce qui arrive :

« Où est ce bouton ? » « C'est quoi, une boucle ? » « Comment on enregistre cette vidéo ? » « Venez à côté de moi m'expliquer à chaque fois. » « Je ne comprends pas, faites-le à ma place. » « Je vous l'ai déjà demandé, mais vous pouvez me réexpliquer ? » « Je n'y arrive pas, donc au final c'est vous qui le faites. »

Ce n'est pas de la transformation numérique. C'est de l'assistance informatique à domicile, façon aidant familial.

La formule est un peu rigolote, mais je pense qu'elle touche l'essentiel.

Quand on devient l'aidant informatique, ses compétences se transforment difficilement en parcours professionnel. Le salaire monte peu. L'autonomie progresse peu. Ce qui augmente, ce sont les questions, les demandes de conseil, les tâches faites à la place des autres et le nettoyage des dégâts.

Et ce qu'il reste à la fin, c'est :

« On vous prend pour celui qui connaît tout dans l'entreprise. » « Mais vous avez peu de réalisations à emporter ailleurs. » « Votre vrai travail ne diminue pas. » « Seules les heures supplémentaires augmentent. »

L'enfer.

C'est franchement proche de la mort professionnelle.

Si le goulot d'étranglement est chez quelqu'un d'autre, votre point fort est bloqué

Pour quelqu'un qui va vite, le plus pénible, c'est que son travail soit bloqué par des gens plus lents, plus vagues, qui ne répondent pas ou qui n'assument rien.

On a fait la demande. On a vérifié. On a relancé. On a gardé une trace. On a répondu à l'autre service : « On est en train de confirmer. »

Mais l'autre ne répond pas. Il ne bouge pas. Il ne décide pas. Il n'assume pas.

Et à la fin, on ne sait comment, c'est vous qui recevez la responsabilité du retard.

Argh !

C'est pénible. Et pas seulement pénible : pour la carrière, ça pèse lourd.

Car votre plus grande force, la vitesse, est bloquée par le goulot d'étranglement de l'autre.

Pendant ce temps, vous auriez pu :

améliorer les processus, standardiser, bâtir un système avec l'IA ou VBA, créer des résultats à mettre sur votre CV, écrire des articles, développer des applications, étudier l'anglais, chercher un autre emploi, faire fructifier vos investissements et votre patrimoine.

Mais si vous subissez les silences et les renvois de responsabilité des autres, ce temps disparaît.

Ce n'est pas un simple retard au travail. Cela veut dire que le temps qui devrait servir à construire votre valeur sur le marché est confisqué par le goulot d'étranglement des autres.

Pas « travaille dur et tu seras récompensé », mais « où travailles-tu dur »

Ce n'est pas seulement une histoire d'entreprise.

C'est pareil pour un pays. Pareil pour un métier. Pareil pour un secteur. Pareil pour un service.

Plus que la quantité d'efforts, ce qui compte, c'est d'être placé là où les efforts sont récompensés.

Quels que soient vos efforts, dans un mauvais environnement, ils ne sont pas récompensés. Quelle que soit votre vitesse, si on vous fait faire le bouche-trou, ça ne devient pas un parcours. Quelle que soit votre compétence informatique, si elle finit en aide informatique, elle devient difficilement une valeur sur le marché.

À l'inverse, dans un bon environnement, la même vitesse devient

de l'amélioration des processus, de la standardisation, des gains de productivité, de la conduite de la transformation numérique, de l'accompagnement au déploiement, un parcours professionnel, des résultats que l'on peut expliquer sur le marché de l'emploi.

Autrement dit, la vitesse n'a pas de valeur en soi. Sa valeur dépend de ce pour quoi on l'utilise.

Si vous avez un moteur capable de rouler sur autoroute et qu'on vous fait transporter des charges dans la boue tous les jours, forcément, il casse.

« Je peux le faire, donc je le fais » est dangereux

Plus on travaille vite, plus on a tendance à le faire.

Je peux, donc je le fais. Je comprends, donc je le fais. C'est plus rapide si je le fais moi-même, donc je le fais. C'est plus rapide de le régler que de l'expliquer, donc je le fais.

À court terme, c'est juste. À long terme, c'est dangereux.

Car si on continue, cela devient

« c'est le travail de cette personne », « c'est à cette personne qu'on demande », « c'est cette personne qui absorbe ça ».

Et l'entourage l'apprend sans mauvaise intention.

« En cas de problème, c'est lui. » « Quand ça bloque, c'est elle. » « L'informatique, c'est lui. » « Les documents, c'est elle. » « Même si c'est flou, il s'en occupera. »

Quand cet apprentissage commence, la carrière glisse de plus en plus du côté du bouche-trou.

Ce qui compte, c'est donc de décider non pas selon que l'on peut le faire, mais selon que l'on doit l'accepter.

Je peux, mais je n'accepte pas. Je peux, mais ce n'est pas mon rôle. Je peux, mais c'est au service responsable de le faire. Je peux, mais je me contente d'en faire un système et de le transmettre. Je peux, mais pour la même question, je renvoie vers la documentation.

Il faut tracer cette limite.

Des limites pour protéger sa vitesse

Pour qu'une personne rapide ne devienne pas un bouche-trou, il faut des limites.

1. Accepter les demandes, mais ne pas devenir responsable

On écoute la question. On explique comment faire. On envoie le lien. On aide à structurer la réflexion.

Mais on ne devient pas responsable.

Prenons un tutoriel vidéo :

« Vous pouvez enregistrer avec le logiciel fourni de base. » « Pour le montage, vous pouvez utiliser cet outil. » « Pour l'emplacement de stockage, voyez avec le service informatique. » « Le contenu, c'est au service responsable de le produire. »

On s'arrête là.

Si l'on va jusqu'à dire :

« Alors je filme tout. » « Je fais le montage. » « Je garantis aussi que c'est exact. » « Je me charge aussi des mises à jour. »

on est devenu le bouche-trou.

2. Ce qui dépend des autres se gère comme « en attente de l'autre »

Faites ce qui vous revient.

Faire la demande. Vérifier. Relancer. Garder une trace. Dire aux autres services « en cours de confirmation ».

Une fois cela fait, la balle n'est plus dans votre camp.

Si l'autre ne répond pas, vous attendez l'autre. S'il ne décide pas, vous attendez une décision. S'il est responsable du sujet, c'est à lui de s'en occuper.

Ne comblez pas les vides de votre propre initiative.

« La demande de confirmation a été envoyée le (date). » « Une nouvelle relance a été faite le (date). » « Nous attendons actuellement la réponse du service responsable. » « Je vous la transmets dès réception. »

Cela suffit.

3. Face à une demande floue, posez la question en retour

« C'est quoi, ça ? » « Ça en est où ? » « Pourquoi c'est comme ça ? »

Face à des remarques sans sujet comme celles-ci, ne comblez pas les vides vous-même.

« Que désignez-vous par "ça" ? » « Voulez-vous vérifier le contenu, le déroulé ou la ligne de conduite à tenir ? » « Qu'attendez-vous de moi ? » « Puis-je confirmer l'échéance et la personne qui décide ? »

Répondez ainsi.

C'est parce qu'on comble ce qui est flou qu'on absorbe le flou de l'autre. Ce qui est flou, on le renvoie tel quel, flou.

Rien que cela protège déjà beaucoup.

4. Les mêmes explications, on les transforme en système

Répondre plusieurs fois à la même question, c'est gaspiller sa vitesse.

On en fait une vidéo. On en fait un document papier. On en fait une liste de contrôle. On en fait une FAQ (foire aux questions). On en fait un modèle. On donne un exemple.

On le crée une fois, et ensuite les gens se débrouillent seuls.

Ce que doit faire un humain, ce n'est pas expliquer oralement à chaque fois, mais relire ce qui diffère.

« Regardez ici. » « Faites selon ces étapes. » « Si vous êtes bloqué, vérifiez ce point. »

Cela suffit.

5. Privilégier le travail qui reste dans votre parcours

Si vous utilisez votre vitesse, utilisez-la pour un travail qui reste dans votre parcours professionnel.

Amélioration des processus. Standardisation. Usage de l'IA et de VBA. Amélioration des achats. Gains de productivité. Conception de l'accueil des nouvelles recrues. Mise en système de la formation sur le terrain. Clarification de la répartition des responsabilités. Livrables réutilisables.

Ces choses-là, on peut les emporter ailleurs.

En revanche,

gérer les règles non écrites étranges de l'entreprise, ménager l'humeur d'un supérieur précis, répondre chaque fois aux mêmes questions informatiques, réparer les dégâts de ceux qui ne répondent jamais, absorber les responsabilités renvoyées, combler les remarques sans sujet.

Tout cela, on peut difficilement l'emporter ailleurs.

Les efforts qui ne restent pas dans la carrière, mieux vaut les réduire autant que possible.

Plus on va vite, plus il faut choisir ce que l'on traite

Aller vite est une force. Mais si on la laisse sans surveillance, d'autres s'en serviront.

Les messages sans réponse des autres. Ce que les autres n'ont pas défini. Les responsabilités que les autres renvoient. Le manque de culture informatique des autres. La lenteur de décision des autres.

Si vous absorbez tout cela, c'est la personne rapide qui craque la première.

Ce qui compte vraiment, ce n'est pas de traiter vite. C'est de choisir ce que l'on traite.

Traitez le travail qui est récompensé. Traitez le travail qui devient un système. Traitez le travail qui reste dans votre parcours. Traitez le travail qui augmente votre liberté. Traitez le travail qui vous facilitera la tâche la prochaine fois.

À l'inverse, ce que les autres n'ont pas défini ou vous renvoient, gardez-en la trace et laissez-le en « attente de l'autre ». Ce n'est pas de l'abandon. C'est simplement remettre la balle de l'autre à sa place.

Plus on va vite, plus on meurt si l'on ne choisit pas ce que l'on traite.

Les gens rapides peuvent courir vite. Mais s'ils choisissent le mauvais chemin, ils s'enfoncent juste plus vite dans le marécage.

En résumé

Ceux qui travaillent vite, qui se débrouillent en informatique, qui structurent bien deviennent plus facilement des bouche-trous.

Ce n'est pas par manque de compétence. C'est justement parce qu'ils sont compétents qu'on leur fait absorber ce que les autres n'ont pas traité.

C'est pourquoi il faut des limites.

On écoute la question. Mais on ne devient pas responsable.

On transmet la méthode. Mais on ne fait pas à la place des autres.

Demander, vérifier, relancer, garder une trace : on le fait. Mais on ne porte pas le silence de l'autre.

Ce qui est flou, on le renvoie par une question. Les responsabilités floues, on ne les accepte pas.

Utilisez votre vitesse pour un travail qui devient un atout de carrière, pas pour du bouche-trou.

La conclusion est simple.

Plus vous pouvez traiter vite, plus vous devez choisir ce que vous traitez.

La vitesse est un talent, une arme et un atout. C'est précisément pour cela qu'il ne faut pas l'épuiser à gérer les goulots d'étranglement des autres.


Idées d'articles liés

  • La vie en entreprise se joue sur le « terrain » : ce qui sépare ceux qui restent rayonnants jusqu'à 65 ans de ceux qui s'usent à se défendre
  • Penser la formation sur le terrain non par le « sens de l'implication », mais par un « système où l'on progresse seul »
  • Aider sans devenir le bouche-trou informatique : la force du « je peux, mais je n'accepte pas »
  • Ramener le malaise au travail à la « structure » plutôt qu'à une « attaque personnelle »
  • Si vous devez vous donner à fond, placez-vous là où l'effort est récompensé
  • Le travail est un flux, la prise de conscience est un stock

PublicitéLivres sur ce sujet

Cet article contient des liens affiliés (publicité). À propos de la publicité En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises. As an Amazon Associate I earn from qualifying purchases.

Partager cet article

Publicité

Encore un ? Un truc sympa ?

Puisque vous avez fini : quelques histoires proches et d'autres complètement différentes, mais amusantes.

  1. Sujet procheShadowverseWorlds Beyond : pourquoi perdre en gagnant le board
  2. Pyra/Mythrapourquoi toutes mes attaques perdent
  3. Rien à voir, mais amusantMême personne, quelques millimètres de barbe de différencepourquoi on dirait quelqu'un d'autre ?
  4. Pourquoi tout est-il permis dans « Harem King's Isekai Press Tour » ?
  5. La climatisation affichait 21 °C et pourtant il faisait chaud : 40 minutes d’attente pour un tofu dengaku chez Kikuso, restaurant de Toyohashi vieux d’environ 200 ans où cohabitent Edo, Showa et Reiwa
  6. AURA voulait autrefois dire « brise »de la démone à la guillotine de *Frieren* au love hotel où « le quotidien n’est déjà plus là »

À lire aujourd’hui

Chacun répond à une question que se posent souvent les lecteurs de cet article.

Voir tous les articlesPlus sur Changement d'emploi et carrière

Trouver d’autres articles

Tous les articles

Mendoi-chan

Qui tient ce site

Mendoi-chan

Elle transforme les frictions du travail et du quotidien en structures claires et en prochaines étapes concrètes.