1. « Je me marierais même avec un homme » n'est pas un avis sur le genre, c'est de l'ironie
On entend parfois cette phrase : « Si quelqu'un réglait toutes mes angoisses, celles de ma famille, mes problèmes de vie, et m'offrait la vie dont je rêve, je me marierais avec cette personne, même si c'était un homme. »
Ce n'est pas une déclaration sérieuse sur le genre ni sur l'orientation. C'est de l'ironie.
Avec un sauvetage aussi total, n'importe qui voudrait se marier, avec ou sans sentiments amoureux ni contact physique. Même en vivant dans des logements séparés, ou en ne s'entraidant qu'en cas de besoin, ce serait déjà une bonne affaire.
Autrement dit, c'est une critique : quand l'avantage du mariage enfle jusqu'à devenir « mon partenaire sauve toute ma vie », il n'est plus si nécessaire que cette personne soit un amour.
2. Ce que veut dire « Pousse-toi, la mariée, c'est moi »
Si celui qui veut être sauvé ne peut se sentir enfin tranquille qu'une fois ses angoisses et celles de sa famille prises en charge, et la vie qu'il souhaite réalisée, alors tout le monde voudrait cette place.
D'où l'ironie :
Pousse-toi, la mariée, c'est moi.
Être aimé, protégé, délivré des soucis d'argent, avoir les problèmes familiaux réglés et ses vœux exaucés. Un contrat aussi avantageux pour un seul côté attirerait des candidats de tous les genres.
Ce que cette blague interroge, c'est de savoir si le mariage a cessé d'être de l'entraide pour devenir un dispositif qui sert à s'assurer un sauveur tout-puissant.
3. Si c'est toujours « ça m'angoisse, donc non », il ne reste que le prince charmant
La vie comporte toujours de l'incertitude. Personne ne garantit qu'un changement de travail réussira, que vos parents resteront en bonne santé ou que vos revenus augmenteront sans cesse.
Imaginez que votre partenaire se prépare raisonnablement, partage la charge et prévoit un plan B en cas d'échec. Si vous répondez quand même « ça m'angoisse, donc non » et continuez d'exiger une garantie totale, seule une personne presque toute-puissante peut remplir vos conditions.
- Un revenu élevé
- Ne jamais perdre son emploi
- Régler les problèmes de la famille
- Réaliser toute la vie que vous souhaitez
- Être toujours stable émotionnellement
- Accepter toutes les contraintes de l'autre
- Réprimer sa propre liberté et ses désirs
Ce n'est pas un conjoint. C'est un prince charmant, un tuteur, un patron, un psy et un garant de prêt réunis en une seule personne.
L'ironie du « alors épouse quelqu'un comme ça » n'a pas pour but d'insulter. Elle signale que les rôles qu'on fait porter à un seul conjoint sont trop lourds.
4. Le mariage tient quand il devient une gestion à deux, pas un sauvetage
Dans une entraide saine, on n'ignore pas l'angoisse de l'autre. Mais on ne laisse pas non plus l'un des deux devenir à vie celui qui répare tout.
- Mettre ses angoisses en mots
- Chercher soi-même des solutions
- Proposer sa part de la charge
- Ne pas transférer automatiquement les émotions de la famille au couple
- Donner autant de poids aux angoisses et aux objectifs de l'autre qu'aux siens
- Associer à chaque souhait supplémentaire des ressources supplémentaires
- Porter ensemble les incertitudes qu'on ne peut pas résoudre
Quand l'un devient « celui qu'on sauve » et l'autre « celui qui réalise tout », il n'y a plus de conjoint, il y a un contrat de sauvetage.
Ce qu'on peut demander à la personne qu'on épouse, ce n'est pas le pouvoir de rendre sa vie sans accident. C'est l'attitude qui consiste, quand des accidents et des incertitudes surviennent, à y faire face tous les deux en partageant responsabilité et charge.
Conclusion : c'était bien, mais nos avenirs ne collaient pas
Pour résumer cette relation le plus simplement possible, une phrase suffit :
C'était bien. Je t'aimais. Je me sentais en sécurité avec toi. Mais gérer l'avenir à deux, ça ne collait pas.
Se séparer ne rend pas faux le bonheur ni les souvenirs partagés. À l'inverse, avoir été heureux n'oblige pas à tout mettre en commun : enfants, logement, cérémonie, voiture, famille, angoisses, façon de travailler, investissements, jusqu'à la liberté.
Changer d'avis n'est pas mal. Avoir des espoirs non plus. Mais les coûts, le travail, les contraintes et les risques qu'entraîne ce changement doivent aussi être assumés par celui qui a exprimé le souhait.
Et si vous attendez d'un seul conjoint qu'il règle vos angoisses, celles de votre famille, la vie que vous voulez et la sécurité de votre avenir, cela tient moins de l'amour ou du mariage que de la quête d'un sauveur.
La chaleur de la relation était réelle. Mais il n'est pas nécessaire de signer un contrat de plusieurs décennies sur la seule base de cette chaleur.
Ce qu'il faut ensuite, ce n'est pas douter de l'affection.
Présenter les grands espoirs comme des propositions, pas comme des vœux. Vérifier les conditions essentielles avant de montrer sa bonne foi. Séparer le moment où l'on se sent rassuré de l'évaluation d'un contrat à long terme. Face à un danger visible, fixer une condition de sortie. Faire du mariage une gestion commune d'entraide, pas un sauvetage.
C'était bien. Mais nos avenirs ne collaient pas.
C'est déjà assez exact.


