L’interdiction des châtiments corporels à l’école japonaise n’est pas récente : elle remonte déjà à l’ère Meiji

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L’interdiction des châtiments corporels à l’école japonaise n’est pas récente : elle remonte déjà à l’ère Meiji
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Revoir aujourd’hui une comédie scolaire des années 2000 peut être surprenant lorsqu’un professeur fictif plaisante comme si l’interdiction des châtiments corporels était absurde ou comme s’il suffisait de « choisir qui frapper ».

Le fait historique est encore plus étonnant.

Au Japon, l’interdiction des châtiments corporels à l’école n’a pas commencé après la guerre. Des interdictions explicites existaient déjà pendant l’ère Meiji.

L’histoire n’est donc pas simplement : « autrefois c’était légal, donc les enseignants frappaient ». Pendant très longtemps, la règle officielle et la culture quotidienne des établissements ont divergé.

1. Pas seulement depuis 1947 : l’ordonnance sur l’éducation de 1879 interdisait déjà les châtiments corporels

L’article 11 de la loi de 1947 sur l’éducation scolaire autorise les sanctions disciplinaires lorsqu’elles sont nécessaires sur le plan éducatif, tout en interdisant les châtiments corporels.[1]

En remontant plus loin, la règle est bien plus ancienne.

L’article 46 de l’ordonnance sur l’éducation de 1879 interdisait déjà les châtiments corporels à l’école et citait notamment le fait de frapper ou d’attacher un élève.[2] L’ordonnance sur les écoles primaires de 1890 indiquait également que les directeurs et enseignants ne pouvaient infliger de châtiments corporels aux élèves.[3]

Il ne s’agit donc pas d’une norme née récemment avec l’évolution des sensibilités.

2. Pourquoi des personnes scolarisées dans les années 1970 et 1980 racontent-elles encore avoir été frappées ?

Parce qu’une interdiction juridique ne supprime pas automatiquement une pratique.

La recherche historique décrit les châtiments corporels comme presque continuellement interdits en droit depuis 1879, tout en soulignant qu’ils ont continué à être utilisés dans les écoles comme moyen de contrôle des élèves.[4]

Des souvenirs de gifles ou de coups avec une règle ou un balai dans les années 1970 ou 1980 sont donc plausibles historiquement.

Mais un souvenir individuel ne mesure pas la fréquence nationale. Il faut distinguer l’existence d’une pratique de sa prévalence.

3. Une règle peut exister pendant que la culture continue à faire l’inverse

À très court terme, la violence peut donner l’impression d’être efficace : la classe se tait, l’ordre est exécuté, l’équipe sportive paraît plus disciplinée.

Si cela se combine avec des justifications comme « moi aussi j’ai été frappé », « c’est pour son bien » ou « une discipline sévère l’exige », la pratique peut survivre longtemps malgré l’interdiction formelle.[4]

On obtient alors une double réalité :

La loi dit non.
La culture locale dit : on a toujours fait comme ça.

4. Un enseignant qui dit « ne frappe pas » puis frappe l’élève crée une contradiction

Imaginons qu’un élève frappe un camarade. L’enseignant lui dit : « On ne frappe pas les gens. »

Puis l’enseignant frappe lui-même l’élève pour le punir.

Un enfant particulièrement provocateur pourrait répondre :

« Vous frappez quelqu’un vous aussi. Cette règle ne s’applique-t-elle pas au professeur ? »

Le ton peut être agaçant, mais le raisonnement est solide.

En 2013, le ministère japonais de l’Éducation a indiqué que les châtiments corporels étaient illégaux et pouvaient encourager une tendance à résoudre les problèmes par la force.[5]

Lorsqu’un éducateur enseigne qu’il ne faut pas régler les conflits par la violence tout en utilisant cette violence comme sanction, le message pédagogique se contredit.

5. Cela ne signifie pas que l’élève doit gagner un débat contre un adulte en colère

Dans la réalité, l’objectif est la sécurité, pas la victoire rhétorique.

Si l’adulte est déjà très énervé, prolonger une discussion juridique peut augmenter le danger immédiat.

Une limite courte suffit : « Ne me frappez pas. » « Je vais raconter ce qui s’est passé à un autre adulte. »

Ensuite, il faut prendre de la distance, partir si nécessaire et faire intervenir des traces et des tiers.

Être fort ne signifie pas rester seul dans un face-à-face jusqu’au bout.

6. Des faits consignés, des tiers et une procédure d’escalade sont plus solides qu’un conflit privé

Il est utile de noter la date, le lieu, les faits, les témoins, les blessures et les dommages matériels. Ensuite, on peut informer un parent ou tuteur, un autre enseignant, un responsable pédagogique ou la direction. Si l’établissement ne traite pas correctement le problème, il est possible de saisir l’organisme responsable ou la commission locale de l’éducation.

L’ordre n’est pas rigide. Une question de sécurité peut justifier de sauter certaines étapes.

Le ministère demande aux écoles et aux commissions de l’éducation de prévoir des dispositifs de consultation pour les élèves et les familles. En cas de soupçon de châtiment corporel, l’enquête ne doit pas reposer uniquement sur l’enseignant concerné : les élèves, les parents et, si nécessaire, des tiers doivent également être entendus.[5]

Le conflit passe de « ma parole contre celle du professeur » à « l’institution doit établir les faits ».

7. L’enquête nationale publiée en 2013 montre qu’il ne s’agissait pas seulement d’un vestige lointain

Pour l’année fiscale 2012, une enquête nationale a identifié des châtiments corporels dans 4 152 établissements, pour 6 721 incidents et 14 208 élèves concernés dans les institutions couvertes.[6]

Ces chiffres ne constituent pas une mesure parfaite de la prévalence réelle dans tout le pays. Il s’agit des cas identifiés par cette enquête, avec ses méthodes de signalement et de vérification.

Ils montrent néanmoins que le phénomène n’avait pas simplement disparu avec la fin de l’ère Showa.

En 2013, le ministère a de nouveau rappelé que les châtiments corporels ne devaient être utilisés en aucune circonstance.[5] Il ne s’agissait pas d’une nouvelle interdiction, mais d’un renforcement de l’application d’une règle ancienne.

8. Interdire les châtiments corporels ne signifie pas priver l’enseignant de toute discipline

La discipline elle-même n’est pas interdite.

Le ministère explique que des avertissements, réprimandes, conseils séparés, devoirs, travaux de nettoyage ou responsabilités scolaires peuvent relever d’une discipline légitime tant qu’ils ne causent pas de souffrance physique.[5]

Frapper, donner des coups de pied ou imposer longtemps une posture douloureuse peut constituer un châtiment corporel.[5]

Une intervention physique nécessaire pour empêcher un élève d’en agresser un autre, ou une défense raisonnable de l’enseignant, n’est pas automatiquement assimilée à un châtiment corporel.[7]

Le choix n’est donc pas « frapper ou ne rien faire ».

9. Le raisonnement de « l’enfant qui répond » peut en réalité replacer l’autorité dans la règle

Dans une culture scolaire ancienne, « ne réponds pas au professeur » pouvait mettre fin à la discussion.

Mais demander « la règle qui interdit de frapper ne s’applique-t-elle pas aussi au professeur ? » touche directement à la limite du pouvoir.

L’enseignant a l’autorité pour éduquer et appliquer une discipline appropriée. Cette autorité n’équivaut pas à un droit d’imposer l’obéissance par la violence.

Une objection agaçante devient alors une question institutionnelle sérieuse : l’autorité agit-elle à l’intérieur de la règle ou au-dessus d’elle ?

10. Conclusion : le droit a avancé tôt, la culture et l’application ont mis beaucoup plus de temps

L’histoire japonaise n’est pas une simple ligne allant de « c’était légal » à « c’est interdit aujourd’hui ».

Des interdictions explicites apparaissent dans l’ordonnance sur l’éducation de 1879, l’ordonnance sur les écoles primaires de 1890 et la loi sur l’éducation scolaire de 1947.[2][3][1]

Pourtant, les châtiments corporels ont persisté en pratique pendant plusieurs générations.[4]

Le meilleur résumé est donc :

La règle a interdit tôt.
La culture et l’application ont pris du retard.
Après chaque grand scandale, les institutions ont dû répéter : c’était déjà interdit.

C’est aussi pourquoi les blagues sur les professeurs qui frappent les élèves dans les comédies scolaires des années 2000 paraissent si étranges aujourd’hui. La règle juridique était ancienne, mais la mémoire d’une culture scolaire contraire restait proche.

Pour un élève aujourd’hui, la réponse la plus forte n’est généralement ni de rendre les coups ni de gagner un débat parfait en classe.

C’est de transformer un rapport de force privé en une procédure documentée, avec des tiers et des institutions.


Sources

  1. 文部科学省「学校教育法(昭和二十二年三月二十九日法律第二十六号)」第11条 mext.go.jp
  2. 文部科学省「教育令(明治十二年九月二十九日太政官布告第四十号)」第46条 mext.go.jp
  3. 文部科学省「小学校令(明治二十三年十月七日勅令第二百十五号)」第63条 mext.go.jp
  4. 加野芳正「近代の学校教育制度と暴力―『体罰』と『いじめ』を中心に―」『スポーツ社会学研究』22巻1号、2014年 jstage.jst.go.jp
  5. 文部科学省「体罰の禁止及び児童生徒理解に基づく指導の徹底について(通知)」2013年3月13日 mext.go.jp
  6. 文部科学省「体罰に係る実態把握の結果(第2次報告)について」2013年8月9日 mext.go.jp
  7. 文部科学省「問題行動を起こす児童生徒に対する指導について(通知)」2007年 mext.go.jp

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